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Asymétries de pouvoir et services écosystémiques : Questions à Améline Vallet, enseignante-chercheure à AgroParisTech

Si les bénéfices que la société peut retirer de notre environnement sont indéniables, qu’en est-il des acteurs de ces services écosystémiques qui participent à leur gestion ? Quels sont les liens entre ces différents acteurs et quels sont les différents rapports de pouvoir qui s’y jouent ? Rencontre avec Améline Vallet, enseignante-chercheure à AgroParisTech et associée au laboratoire ESE (Écologie, Systématique et Évolution), l’une des auteurs d’une étude intitulée "Asymétries de pouvoir dans les réseaux d’acteurs liés à la gouvernance des services écosystémiques", qui traite du sujet.


Agricultrice dans le village de Yanaka (région Apurimac, Pérou). L’agriculture vivrière pratiquée dans la zone d’étude se caractérise par de petites exploitations familiales de type polyculture élevage (crédit photo : Améline Vallet)


1. Pourriez-vous présenter en quelques mots votre domaine d’expertise ?

Améline Vallet : Je suis enseignante-chercheure à AgroParisTech dans le département Sciences de la Vie et Santé et associée au laboratoire Ecologie Systématique & Evolution (ESE) et au Centre International de Recherche sur l’Environnement et le Développement (CIRED). Je travaille sur l’aménagement durable des territoires, et plus précisément sur la modélisation des relations humains-nature, l’équité et la justice environnementale.

2. Tout d’abord, avant d’en savoir plus sur cette étude, pourriez-vous nous expliquer ce que sont les « services écosystémiques » ?
A.V : Ce sont les divers bénéfices que la nature nous confère au quotidien, et qui contribuent à notre bien-être. Cela recouvre par exemple la production d’aliments, de bois, la régulation du climat via la séquestration de carbone, le rafraichissement urbain, la protection contre les inondations, ou la pollinisation. Certains bénéfices sont parfois moins tangibles, comme la beauté d’un paysage qui nous inspire, nous détend, ou qui peut avoir une importance religieuse.

3. Concernant le sujet d’études : quel est le sujet et la problématique de cette publication scientifique ? Qui sont notamment « les acteurs » auxquels vous faites allusion ? Quels ont été les objectifs de départ ?
A.V : Cette étude traite des rapports de forces (les asymétries de pouvoir) entre acteurs, ce terme faisant référence aux individus, institutions, entreprises, collectifs organisés (ONGs, associations, coopératives, etc.) qui bénéficient des services écosystémiques, ou qui participent à leur gestion.
Dans de précédents travaux, nous avions mis en évidence le fait que certains acteurs ont le pouvoir d’influencer comment sont produits et utilisés les services écosystémiques (Vallet et al.2019). Par exemple, les agriculteurs, parce qu’ils contribuent à la production de céréales ou de légumes, contrôlent d’une certaine façon notre sécurité alimentaire, de même que les institutions publiques qui régulent l’utilisation de l’eau via un système de quotas ou d’autorisation.
Cela affecte directement les bénéficiaires des services écosystémiques. Nous nous sommes alors demandé si ces derniers avaient en retour la possibilité d’influencer les processus de gestion, s’ils pouvaient d’une façon ou d’une autre y participer, et faire entendre leur voix. Et c’est ce que nous avons étudié plus en détail dans ce nouvel article, qui a pour objectif de décrire la nature des relations de pouvoir entre acteurs au Pérou et de proposer une méthode facilement généralisable pour ce faire.


L’eau est gérée de façon collective et participative par des comités dans les villages. Les réunions du comité sont l’occasion de discuter des travaux à effectuer sur le réseau de canaux qui permet l’irrigation gravitaire des cultures, et de régler d’éventuels conflits entre utilisateurs (crédit photo : Améline Vallet)

4. Concernant la méthodologie : Quel a été le périmètre d’étude ? Comment cette étude a-t-elle été menée ?
A.V : L’étude porte sur le bassin-versant de la rivière Mariño, dans les Andes péruviennes. C’est une zone que je connais bien puisque j’y ai réalisé une partie de mes travaux de thèse, et que j’y anime depuis, avec Bruno Locatelli, un projet de recherche participative portant sur la modélisation des services écosystémiques.
Pour mettre en lumière les asymétries de pouvoir, nous avons utilisé l’analyse de réseaux d’acteurs. C’est une technique qu’utilise la plupart des réseaux sociaux (Facebook, Twitter, LinkedIn, Instagram) pour décrire les relations d’amitié, de travail, les intérêts thématiques en commun entre utilisateurs. Dans notre étude, les relations qui nous intéressent sont l’influence et la domination, deux facettes du pouvoir étudiées de longue date en sociologie. Les acteurs, lors d’entretiens, nous ont renseignés sur l’existence ou l’absence de ces relations, et c’est sur la base de ces informations que nous avons construit les réseaux d’acteurs (cartes montrant les acteurs et leurs relations). Nous avons ensuite identifié les « influenceurs » de la gouvernance des services écosystémiques, c’est-à-dire les acteurs qui se trouvent au centre du réseau d’influence et qui sont en position d’orienter l’opinion et le comportement d’un grand nombre d’autres acteurs ; ainsi que les acteurs dominants, ceux qui contrôlent et limitent le comportement d’autres acteurs. Pour finir, nous avons analysé si certaines formes de pouvoir sont plus souvent associées à des conflits entre acteurs.

5. Quelles sont les conclusions qui découlent de l’étude ?
A.V : Nous avons mis en lumière un certain nombre d’asymétries de pouvoir, de différentes natures. Par exemple, les entreprises ont un niveau très faible d’influence, alors que le secteur public est lui très dominant. Nous avons également observé une asymétrie de pouvoir entre les gestionnaires des services écosystémiques et les bénéficiaires, les premiers ayant une influence et une domination plus importantes que les seconds. Nous montrons aussi que l’existence de relations de domination augmente la probabilité de conflits entre acteurs. Tout cela est très lié au contexte étudié. Dans d’autres régions du Pérou, les entreprises, notamment minières, sont beaucoup plus influentes.

6. Perspectives : quelles perspectives cette étude ouvre-t-elle ?
Nous avons dans le cadre de cette étude proposé une typologie des asymétries de pouvoir. Il serait intéressant de l’appliquer à d’autres contextes, de comparer les asymétries mises en lumière, d’essayer d’en comprendre les déterminants ainsi que les conséquences directes sur l’aménagement durable et équitable des territoires.

Lien vers les publications citées :
Améline Vallet, Bruno Locatelli, Harold Levrel, Nicolas Dendoncker, Cécile Barnaud, et al.Linking equity, power, and stakeholders’ roles in relation to ecosystem services. Ecology and Society, Resilience Alliance, 2019, 24 (2), ⟨10.5751/ES-10904-240214⟩.
Améline Vallet, Bruno Locatelli, Cécile Barnaud, David Makowski, Yésica Quispe Conde, et al. Power asymmetries in social networks of ecosystem services governance. Environmental Science and Policy, Elsevier, 2020, 114, pp.329-340, ⟨10.1016/j.envsci.2020.08.020⟩.



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