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Faisons confiance aux experts

Faisons confiance aux experts

Croire naïvement et douter de tout sont deux positions également fautives. Effectivement il y a lieu de s’interroger sur les idées qui nous sont proposées, car on sait combien nos sociétés humaines mettent de rhétorique, voire de mensonges, dans les échanges. Inversement une méfiance excessive conduit à se priver des faits justes sur lesquels notre esprit d’analyse pourrait s’exercer justement.

Pour pallier la première difficulté, il y a donc lieu de s’interroger sur les émetteurs des messages, leur fiabilité, en gardant dans un coin de la tête l’idée que même des messages émis par des sources fiables pourraient être erronés. Il y a lieu de faire toujours une sorte d’analyse de risques, d’assortir la confiance d’une sorte de degré de confiance. Pour pallier la deuxième difficulté, il y a sans doute lieu d’utiliser la même stratégie, c’est-à-dire identifier des sources plus dignes de confiance que les autres.

Par les temps qui courent, à propos de matières compliquées, comme les questions de santé et d’alimentation (pensons, par exemple, à l’effet à long terme de très petites doses de composés toxiques sur la santé, ou des résidus de pesticides, ou de la possible qualité des aliments bio, ou encore de la possible toxicité des édulcorants), je crois qu’il est utile de reconnaître et de faire savoir que les experts de l’Etat sont la meilleure de nos sources.

Ils sont la meilleure de nos sources, parce que ces personnes ont souvent choisi le métier qu’ils exercent par souci de rendre un service à la collectivité. Pour accepter d’être moins bien payé que dans l’industrie, de travailler dans des conditions matériellement plus rudimentaire, il faut en quelque sorte avoir l’âme chevillée au corps. Je sais qu’une partie de la population pense que les fonctionnaires sont des sortes de privilégiés, à l’abri du chômage, ou avec des avantages particuliers, mais cela n’est pas juste : je peux témoigner qu’un très grand nombre de mes collègues s’engagent, sans compter leurs heures, dans le métier qui est le leur, pour de véritables raisons politiques, au sens le plus nombre du mot politique, se préoccuper de la collectivité.

Ajoutons également que ces personnes sont compétentes : elles sont payées pour avoir la compétence qui est la leur, inégalable parce qu’elles y passent tout leur temps, ce que toute personne engagée dans une autre activité professionnelle n’est pas à même de faire. Et, là encore, l’argument que le temps libre d’un citoyen pourrait être utilisé pour faire le travail de recueil des données ne vaut rien : je sais que mes collègues ne s’arrêtent pas de fonder leur compétence lorsque vient le week end ; ils poursuivent leurs travaux, leurs études, pendant ces deux jours, pendant leurs vacances. Pas tous, mais beaucoup !

Ajoutons également qu’il n’est pas vrai que les experts soient vendus. D’une part, cette idée générale est... générale, donc fausse ; d’autre part, c’est une calomnie qui mériterait d’être punie par la loi. En effet, c’est une calomnie, une diffamation. Ensuite, c’est une déclaration toxique pour le bon fonctionnement de notre collectivité tout entière, jetant le doute sur la source la plus fiable d’informations que notre collectivité se donne les moyens de constituer, qu’elle paye pour avoir. Il y a donc un dol financier, supporté par l’ensemble des contribuables.

Un mot, en passant, sur cette prétendue "expertise citoyenne". En matière de toxicologie, il n’y a pas d’expertise citoyenne. Cela se démontre, car jamais l’observation des maladies individuelles, surtout quand elles sont personnelles, n’a permis d’identifier des phénomènes que seule l’épidémiologie permet de repérer. L’épidémiologie, ce n’est pas un vain mot, ce n’est pas une activité d’amateur. C’est un véritable travail, fondé sur la réunion de très nombreuses observations, et qui permet de voir ce que la vision individuelle ne voit pas. En matière de santé, la maladie individuelle peut survenir pour de multiples causes, car la santé est une condition propre à l’organisme, lequel est un système complexe. Quand nous buvons du café, mangeons de la choucroute, du fromage, du saucisson, quand nous vivons en ville, ou encore à la campagne, quand nous peignons un appartement, utilisons du savon pour nous laver, quand nous marchons ou que nous nous exposons à l’atmosphère d’une forêt, etc., notre organisme réagit à notre insu, et c’est l’ensemble de toutes les conditions, cumulées sur la succession des jours que nous vivons, qui conduit à notre état de santé. Attribuer une maladie, ou la santé, à une cause unique est d’une naïveté navrante, et seule l’épidémiologie permet d’y voir plus clair. L’épidémiologie n’est pas à la porté de l’individu, du citoyen isolé, de sorte qu’il ne peut pas exister d’expertise citoyenne, dans ce domaine.

D’autre part, un citoyen qui s’informe ne pourra jamais réunir l’ensemble des informations qu’un véritable praticien, un expert, aura. C’est ainsi que je me suis toujours étonné de voir des journalistes (on comprend que je ne tombe pas dans la généralité : je ne dit pas "les journalistes") croire qu’une enquête de quelques semaines, voire quelques mois, pourra leur donner les capacités, les compétences d’un médecin dont l’enquête tombe dans le champ de spécialité. La pratique quotidienne, jour après jour et heure après heure, fondée sur des années d’étude, donne une compétence et une expertise qu’aucun journaliste n’aura jamais. Ce qui est vrai pour la médecine vaut pour la chimie, la nutrition (observez que je ne la confonds pas avec la diététique), la toxicologie, etc. Ce serait de la dernière présomption que de croire que l’information glanée puisse être de l’expertise. Le savoir naïf n’est rien, et notre seul recours raisonnable est le choix d’expert bien sélectionnés.

Bien sûr, l’expert parfait n’existe pas, non pas que les experts soient malhonnêtes, non pas qu’ils soient soumis à des influences, mais simplement parce que même l’expert qui compulse des dossiers énormes n’est pas omniscient, et doit élaborer son expertise sur un ensemble de données limité (vita brevis, ars longa). Ne nous trompons pas de combat pour autant !

Pour terminer, je veux revenir à la question de la sélection des experts... et réclamer du courage. Tout d’abord, je veux faire état d’une anecdote terrible : je connais un expert qui fut récusé par une agence de santé parce qu’il avait touché une somme de... 150 euros pour un article qui avait été publié dans une revue où l’industrie pharmaceutique avait placé des publicités. Cent cinquante euros ? C’est risible ! Et c’est scandaleux, idiot, de récuser un expert pour une telle somme, d’autant -je gardais le meilleur pour la fin- que cet expert est le seul de sa discipline et que l’agence de santé a recouru à des personnalités qui n’étaient pas expertes. Je récuse ces dernières !

Un autre exemple : dans le même type de configuration, un expert a été récusé parce que sa belle sœur travaillait dans l’industrie pharmaceutique. Et alors ? Pouvons nous être responsable de nos proches ? Et d’ailleurs, le fait de travailler dans l’industrie pharmaceutique est-il condamnable ? Je rappelle que l’industrie, c’est le "vrai monde", l’essentiel de la nation ; les services de l’Etat que sont que des appuis. Et, de surcroît, je condamne l’idée selon laquelle l’industrie (pharmaceutique, par exemple) serait un repère de brigand. Nous y avons des amis, des proches... L’industrie pharmaceutique est plein de personnes, honnêtes, remarquables, et, au fond, c’est une imbécillité coupable que de se priver de la compétence de ces personnes compétentes. Dans nos petits milieux, on sait bien qui est digne de confiance ou pas, et il vaudrait mieux, plutôt que d’appliquer des règles de sélection simpliste, y aller voir de plus près et faire un choix intelligent. A cette fin, il faudra avoir du courage : la sélection d’un expert industriel par une agence de santé impose d’être capable de résister ensuite à une certaine presse, à une certaine partie de la population, à un certain monde politique, qui critiqueront les choix. La stratégie de l’autruche et du parapluie ne vaut rien, et il faut avoir du courage. Je suis très confiant que les temps actuels ne sont qu’éphémères, et je suis optimiste : nous saurons dépasser la crise actuelle de l’expertise !

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