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La vie secrète des arbres

Peter Wohlleben (2017) La vie secrète des arbres. Les Arènes, Paris.

On pourrait s’étonner de trouver ici l’analyse d’un ouvrage sur les arbres… Il y a au moins deux motifs pour l’avoir proposée. D’une part, il est vraisemblable qu’une bonne partie des personnes qui s’intéressent aux animaux s’intéressent aussi aux arbres, aux forêts et à la manière dont les hommes les gèrent (je fais partie du nombre). D’autre part, cet ouvrage a connu un grand succès international et il soulève des questions en lien avec les débats qui traversent nos sociétés au sujet des relations entre les hommes et les animaux.

Peter Wohlleben se présente comme un forestier de terrain. Il travaille pour ce qui est sans doute l’équivalent allemand de l’ONF, dans le massif de l’Eifel. Après avoir exercé ses fonctions pendant une vingtaine d’années selon des méthodes ‘‘orthodoxes’’ (comprendre optimiser la production de bois), il dit être aujourd’hui le gestionnaire d’une ‘‘forêt écologique’’ (sans plus de précisions quant à la signification de ce terme).

L’ouvrage est structuré en 36 courts chapitres pouvant se lire indépendamment les uns des autres. Les sujets traités vont de la biologie d’un arbre en tant qu’individu isolé à l’évolution des espèces et de leur répartition géographique, en passant par le fonctionnement des peuplements et la vie des écosystèmes forestiers. Le style est simple, le contenu généralement intéressant, l’ensemble se lit aisément.

Le dessein de l’auteur est manifestement de persuader le lecteur que les arbres sont des êtres sensibles. Le sous-titre de l’ouvrage annonce d’ailleurs la couleur : ‘‘Ce [que les arbres] ressentent, comment ils communiquent’’.

A l’appui de cette thèse, l’auteur livre un certain nombre de résultats scientifiques (sans nous faire crouler sous les références néanmoins) ainsi que bon nombre d’observations personnelles. A titre d’exemple, ceux qui l’ignoraient apprendront que les arbres peuvent échanger entre eux des substances nutritives au moyen de leurs réseaux de radicelles qui s’entrecroisent. Et l’auteur de conclure à la notion d’entraide… Les arbres peuvent émettre des substances chimiques, ce qui est immédiatement compris comme des messages d’avertissement. On a pu détecter des signaux électriques à l’extrémité de leurs radicelles, ce que l’auteur n’hésite pas à interpréter comme la preuve de l’existence d’un système neuronal et à émettre l’hypothèse de l’existence d’un cerveau…

Rappelons ici que, jusqu’à plus ample informé, une réaction à un stimulus, ce qui est le propre de tout être vivant, n’est pas automatiquement synonyme de sensibilité. Dans ce domaine, on aimerait que l’auteur fasse preuve du soin et de la prudence avec laquelle certains chercheurs travaillant sur les animaux tentent de définir la perception de la douleur, la notion de souffrance et celle de conscience animale (voir par exemple l’expertise publiée en 2017 par l’INRA sur le sujet).

Au contraire, l’auteur use à l’envi d’un vocabulaire qui tend à animaliser les arbres ou à les humaniser : bien-être, douleur, souffrance, détresse ; amitié, appels à l’aide, entraide ; apprentissage, mémorisation, connaissances ; comportement, trait de caractère ; communication, langage ; cerveau ; organisation sociale ;…

Dans les conclusions de certains chapitres ou dans celles de l’ensemble, l’auteur franchit allègrement la barrière des espèces. Son plaidoyer pour le respect des arbres (P.249) démarre par un couplet relatif au statut juridique des animaux et aux régimes végétariens. Plus loin (P.252), il considère que ‘‘la frontière entre les végétaux et les animaux est de nature idéologique’’. Rappelons tout de même que, s’il s’agit bien d’une convention de la systématique, elle demeure fondée sur des observations et non sur on ne sait quelle idéologie. Page 97, il s’interroge : ‘‘Je me demande parfois si nous ne serions pas contraints de traiter les arbres et l’ensemble des végétaux avec plus d’égards s’il s’avérait sans contestation possible qu’ils partagent de nombreuses facultés avec les animaux’’. A la fin (P.252), l’interrogation laisse la place à une affirmation : ‘‘Quand les capacités cognitives des végétaux seront connues, quand leur vie sensorielle et leurs besoins seront reconnus, notre façon de considérer les plantes évoluera’’.

La science en général et la biologie en particulier ont encore bien des choses à nous apprendre. Peut-être à l’avenir devrons-nous réviser notre jugement en ce qui concerne la sensibilité des végétaux, sur la base de faits étayés et recoupés, mais nul ne peut en être certain à ce jour. On frémit néanmoins à une telle perspective : comment les anti-spécistes de tout bord, qui revendiquent de ne jamais exploiter d’êtres sensibles pour assouvir le moindre de leurs besoins, se nourriront-ils ?...

Etienne Verrier, le 3 octobre 2017.

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