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Simplicité et simplisme

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Simplicité, simplisme : on sent bien qu’il y a quelque chose à comprendre quand on rapproche les deux mots. On a le sentiment que quelque chose de simple, c’est… simple, et l’on imagine également, sans avoir besoin de consulter le dictionnaire, que quelque chose de simpliste correspond à une simplification fautive. Quand on dit « fautive », il y a soit la faute par inadvertance, soit la faute par ignorance, soit la faute par volonté (d’autres possibilités ?).
La question se pose tout particulièrement dans l’enseignement à tous les niveaux, et notamment dans l’enseignement supérieur. Elle fait évidemment écho à ce « Il n’y a pas de voie royale » qu’Archimède répliqua au roi Hiéron d’Alexandrie, quand celui-ci voulut apprendre les mathématiques. La question est lancinante, et je me souviens de je ne sais pas combien de cours où ni moi ni mes condisciples ne comprenions rien, que ce soit à l’école primaire ou à la Grande Ecole. Évidemment, il y a des professeurs qui diront que cette obscurité est une invitation au travail, et, là, il y a une alternative : soit ces professeurs sont honnêtes, ont une véritable volonté pédagogique, auquel cas ils ne manquent pas d’assortir l’obscurité voulue de conseils pour que ce travail personnel (ou collectif) vienne éclairer bien les obscurités sans noyer les élèves, soit le professeur n’a en réalité rien compris ou pas bien expliqué, ce qui, je le sais aujourd’hui parfaitement, est aussi souvent le cas. D’ailleurs, un professeur qui voudrait conduire les étudiants à travailler en leur montrant quelques difficultés saurait tendre ces difficultés à ses jeunes amis, mais sans élaborer dessus pendant des heures, heures pendant lesquelles les élèves décrochent, puisqu’il leur manque les bases. Si l’on est un professeur honnête, il y a donc lieu de doser subtilement les obscurités que l’on propose à nos jeunes amis, afin de conserver leur attention, tout en les invitant sur un chemin que nous avons préparé à l’avance.

Mais je me suis éloigné de la question de la simplicité et du simplisme. Un de mes amis, quand nous discutions cette question, a fait un rapprochement musical et évoqué certaines mélodies de Mozart, qui sont d’une simplicité déconcertante, mais, en réalité, d’une difficulté considérable pour l’exécutant. Enchaîner des notes à toute vitesse, cela impose à l’exécutant de savoir bouger les doigts, ce qui nécessite effectivement un long entraînement... mais la musique n’est pas une question de doigts que l’on bouge vite, pas plus que la peinture n’est dans la précisions d’un trait pour la précision. Tout tient en revanche dans le mouvement mélodique, dans l’art du trait, ce qui suscité d’ailleurs ce merveilleux ouvrage théorique du moine japonais Shitao intitulé « L’unique trait de pinceau ».
En musique, une note tenue un peu longtemps impose à l’exécutant de l’interpréter, sans quoi l’auditeur s’ennuie, a le temps de s’ennuyer. Veut-on une attaque et une diminution progressive de l’intensité ? Veut-on l’inverse ? Veut-on une variation pendant ce temps assez long où la note est tenue ? Une des solutions les plus élémentaires à ce problème est le vibrato, par lequel nombre de musiciens s’apparentent à des chèvres. Ce n’est pas une réponse à la question du sentiment que l’on met dans la note, mais une réponse mécanique à la tenue de la note.
Mozart, finalement, savait créer des fragments mélodiques d’une extrême simplicité, mais il n’était pas simpliste, en ce sens que son propos n’était pas de faire quelque chose de simple, mais quelque chose de beau.

Pour l’enseignement des sciences de la nature, il y a donc lieu d’être simple. Est-ce la même chose qu’être clair ? Einstein disait que si l’on n’est pas capable d’expliquer quelque chose à un enfant, c’est qu’on n’a pas bien compris. Dont acte, mais il s’agit d’une formule, assortie d’un argument d’autorité, ce qui ne répond pas à la question. Cette dernière, correspond peut-être au fait qu’il doit y avoir de la clarté, que nos interlocuteurs ne sont pas lâchés dans l’obscurité, mais aussi que l’idée que ce que l’on cherche à expliquer n’est pas déformé, que cela est donné dans toute sa beauté.
J’allais écrire toute sa complexité, mais peut être précisément que celle-ci ne peut venir qu’après un certains nombre de passages successifs, qui donnent des explications complémentaires. Une explication simple est-elle nécessairement longue ?
Sans répondre à la question, je propose de penser que si l’on a choisi d’expliquer un concept, une notion, une technique, c’est sans doute que l’on a des raisons de le faire, et l’on conçoit que, souvent au moins, ces raisons doivent être données en préambule, car pourquoi nos amis nous suivraient-ils s’ils n’ont pas de raison de le faire ?
Nombre d’étudiants se plaignent effectivement de ne pas voir ou de ne pas avoir vu l’intérêt de notions qu’on leur enseignait, notamment en mathématiques. Dans l’hypothèse où ils ont été suffisamment attentifs, dans l’hypothèse où ils n’ont pas oublié cette explication qui leur a été donnée, ils n’ont pas tort, mais ils doivent également considérer que c’est peut-être une erreur de parler d’ « un » objectif, car, souvent, il y en a plusieurs simultanément, ce qui, en contrepartie, laisse à l’enseignant le choix des objectifs qu’il présente pour susciter de l’intérêt pour les matières qu’il propose aux étudiants d’apprendre.

A ces mots, je ne peux m’empêcher de revenir à ma discussions sur l’enseignement et l’apprentissage : je répète et je n’ai pas fini de répéter qu’il ne s’agit pas pour les enseignants d’enseigner, mais pour les étudiants d’apprendre. Faut-il vraiment expliquer ? Faut-il se poser cette question de la simplicité et du simplisme si nous ne nous mettons plus en position d’enseigner ?
On fera observer qu’un enseignant qui inviterait les étudiants à apprendre serait conduit à les renvoyer vers des supports où les étudiants trouveraient les explication… mais alors se pose alors de nouveau la question de la simplicité et du simplisme pour les auteurs desdits supports. Tout s’enchaîne : ces derniers doivent-ils enseigner, où n’auraient-il pas plutôt intérêt à organiser leur enseignement de façon que les étudiants découvrent par eux même ?
Le « truc » est ancien, puisqu’il était déjà évoqué par le philosophe grec Platon dans ses dialogues, et tout particulièrement dans le texte intitulé « Le Théétète » : mettant en scène Socrate qui discute avec Théétète devant un jeune homme, il parvient par le dialogue, à extraire de ce dernier des notions mathématiques que celui-ci ne croyait pas avoir.
La forme pédagogique du dialogue est donc connue depuis longtemps, que ce dialogue soit rédigé par avance, ou que l’enseignant le mette en œuvre oralement face à ses élèves. Cela étant, la question de la simplicité et du simplisme n’est pas résolue pour autant, car on peut parfaitement imaginer des dialogues qui conduiront à une vision simpliste d’une notion, et d’autres à une vision simple. La question est lancinante, et il serait… simpliste de prétendre y répondre d’un seul petit billet.

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