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Simplicité ?

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Un de mes amis me fait trop de compliments sur mes capacités de « communication ». D’une part, je n’aime pas le mot « capacité », parce qu’il pousse à considérer que l’on est quelque chose, alors que je vise toujours l’amélioration. Mes « capacités » ne sont plus ce qu’elles étaient, en quelque sorte. D’autre part, j’ai la fâcheuse habitude de penser que l’on me fait des compliments pour me demander quelque chose.
Mais là, j’exagère… par humour. Revenons donc au fait de base après ce détour voulu (on verra pourquoi) : mon ami loue ma capacité à donner des informations simples. Pour ce qui concerne l’enseignement, il s’agit évidemment d’un compliment, car on pressent qu’il est important d’être capable d’aider nos (jeunes) amis à comprendre sans peine.
Simple ? Quel l’on me pardonne le jeu de mots idiot : la notion est vraiment compliquée. Dans un billet précédent, j’ai brièvement -trop brièvement- discuté la différence entre simplicité et simplisme, et, ici, je veux plutôt discuter l’éloge immérité qui m’est fait.

Car je n’oublie pas que je suis baroque, le baroquisme étant cette forme artistique qui est associée à l’accumulation. D’une certaine façon, le pire du baroque, ce sont les œuvres du Facteur Joseph Ferdinand Cheval (1836-1924), dont voici un exemple :

Il est vrai que, quand j’écris ou quand je parle, que ce soit pour de l’enseignement ou de la simple conversation, je suis affligé d’’accumulation, si l’on peut dire, car mon feu intérieur ne se satisfait jamais d’une notion posée à vitam aeternarm. J’ai toujours besoin de la bousculer, de la discuter, d’ajouter, de reprendre, de corriger… D’ailleurs ma lenteur à écrire correctement provient de ce fait que je ne cesse de raboter, de limer, de reprendre, de reprendre encore, et ainsi de suite à l’infini. Il y a à cela plusieurs raisons, mais la première est évidemment est que je ne suis pas satisfait de moi : je ne trouve pas immédiatement la ligne droite. Toutefois une deuxième raison est « pire », en quelque sorte : c’est le travail de polissage qui m’intéresse plutôt que le résultat final. Il ne s’agit pas de procrastination, mais seulement du bonheur d’améliorer (on voit que je n’ai pas dit « perfectionner », car je postule que le parfait n’est pas humain ; on peut rendre meilleur, mais pas rendre parfait).
Donc j’ajoute, j’ajoute, je précise, et ainsi de suite à l’infini, de sorte que j’obtiens finalement des œuvres monstrueuses, des explications incompréhensibles (on observe que, dans mes textes, parenthèses et incises fleurissent : la preuve !), et que j’aurais donc bien raison, selon les conseils implicites de mon ami, d’y passer plus de temps et de supprimer beaucoup de ce que j’ai ajouté. Car on est jugé à notre œuvre, et non pas à notre travail : mes jeunes amis, pour ce qui concerne l’enseignement, seront confrontés au résultat, de sorte que celui-ci ne peut pas être en chantier, même s’il y a déjà eu beaucoup de fait. Il faut leur donner du simple, un point c’est tout.

Pour moi, confronté à tout cela, j’ai évidemment des arguments de mauvaise foi qui justifient mes pratiques, à commencer par la théorie littéraire du linguiste russe Vladimir Propp selon laquelle les contes sont faits de « parenthèses emboîtées ». Que l’on pense aux Contes des Milles Nuits, ou à ce merveilleux Manuscrit trouvé à Saragosse, où il y a des histoires dans les histoires dans les histoires… C’est la forme la plus poussée, mais Propp, lui, considérait même les contes simples : si le prince sort d’un château pour aller combattre un dragon, il reviendra au château ; s’il n’écrase pas une grenouille, c’est que cette dernière est un enchanteur qui lui remettra en temps utile une épée avec laquelle il tuera un dragon, et ainsi de suite. De nombreux contes sont effectivement construits selon ce principe, qui revient à dire que, d’un point de départ à un point d’arrivée, tout virage à gauche doit correspondre, plus tard, à un virage à droite.
Dans mes cours, j’utilise ce principe de parenthésage à la fois parce que je veux un « discours », mais aussi parce que les notions sont si merveilleuses (-ment complexes) qu’il faut y revenir, par « couches successives », de sorte que chaque passage soit simple. Cette simplicité s’obtient au détriment de la clarté, mais quand nos amis acceptent de suivre notre chemin parfois tortueux, alors tout va bien. Tortueux : cela a l’avantage que nous pouvons flâner, cueillir une fleur sur le bord du chemin, contempler les oiseaux, le ciel… C’est moins direct que ne le voudrait René Descartes, c’est moins chose, mais les passages successifs ont l’intérêt de ne pas trop charger la barque à chaque passage (on voit mes usages pourris de la métaphore : ils sont évidemment voulus, puisqu’ils sont fondés sur l’idée que le sourire enjolivera le chemin). C’est un peu comme pour le piano : on met en place une main, puis une autre, puis les pieds, puis le rythme, puis la mélodie, puis etc. Bref, avec des passages successifs, nous parviendront à faire penser à nos (jeunes) amis que si les choses ne sont pas… simples, elles ne sont pas non plus complexes, puisque nous y avons accès. Et, en tout cas, nous les aideront à comprendre que nous n’avons pas cherché à compliquer inutilement, puisque nous aurons eu pour but la simplicité !

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