Les suidés au Proche-Orient ancien : de la domestication au tabou

 

Alice MOUTON (CNRS, Strasbourg) : Les porcs dans les textes religieux hittites

Les sources cunéiformes de l’Anatolie du milieu du IIe millénaire av. J.-C. sont relativement loquaces concernant le porc. Les textes religieux, en particulier, font de fréquentes allusions à cet animal, tantôt de manière positive, tantôt d’une façon plus négative. Après nous être brièvement penchée sur chacune de ces deux facettes, nous examinerons les principaux emplois qui sont faits du porc lors des cérémonies religieuses hittites. Pour ce faire, nous tenterons de regrouper les différents témoignages concernant le porc en fonction des diverses aires culturelles constituant l’Anatolie hittite.

Il est en effet impossible de considérer la religion hittite comme un élément monolithique. Les principales régions qu’il nous faut considérer sont :

1) le cœur du royaume hittite (dans la boucle du fleuve Kızılırmak), siège des Hattis, population autochtone de l’Anatolie centrale ;

2) le monde louvitophone qui se subdivise lui-même en de multiples aires culturelles. Ces dernières sont : l’Ištanuwa appartenant à ce que les textes appellent le « Bas Pays » (au Sud du fleuve Kızılırmak) et l’Arzawa (beaucoup plus à l’Ouest, non loin de la ville de Sardes) ;

3) le Kizzuwatna (au Sud et Sud-Est du fleuve Kızılırmak, à la frontière syrienne), qui correspond à la Cilicie antique, représente en réalité une aire culturelle à part, où Louvites et Hourrites se côtoient. De par sa proximité avec la Syrie, cette région a joué un important rôle de relais dans les échanges aussi bien matériels que spirituels entre l’Anatolie hittite et la Syrie du Nord. Les textes religieux se rapportant à cette région étant très nombreux, ils fournissent un témoignage précieux pour notre enquête sur l’utilisation du porc dans les pratiques rituelles.

En tentant de rattacher chacun des témoignages textuels concernant le porc à son contexte culturel, j’espère être en mesure de mettre en valeur la disparité des pratiques religieuses au sein de l’Anatolie hittite.

Les documents qui seront étudiés sont principalement de deux natures : les rituels dits « magiques » ou thérapeutiques/exorcistiques et les textes relatifs aux fêtes religieuses.

Ces deux types de sources se complètent. En effet, les rituels magiques ou thérapeutiques sont parfois le reflet de la pratique « populaire » de la religion anatolienne alors les fêtes religieuses sont très souvent étroitement liées au culte officiel du royaume. Chacun de ces deux types de sources est toutefois susceptible de nous éclairer sur l’hétérogénéité des pratiques religieuses liées au porc dans l’Anatolie hittite.