Les suidés au Proche-Orient ancien : de la domestication au tabou

 

Xavier ROGNON (Institut National Agronomique de Paris-Grignon) : Le porc domestique : biologie, zootechnique, diversité

L'homme et le cochon... une très vieille histoire commencée à la préhistoire, avec la chasse au sanglier (Sus scrofa) et qui, depuis 10.000 ans, se poursuit, outre la chasse, avec le cochon domestique (S. s. domesticus). Le sanglier occupe une vaste aire de distribution, à travers toute l'Eurasie. La domestication fut réalisée en plusieurs lieux, à partir de populations ou sous-espèces de sangliers autochtones, dont l'Asie du sud-Est, le Proche-Orient et l'Europe. Actuellement, un grand nombre de races et de lignées domestiques existent ; certaines connaissent un très grand essor au niveau mondial, au dépend des races locales souvent en phase de régression, voire de disparition, posant clairement le problème de la gestion des ressources génétiques disponibles.

Animal sociable, appréciant de vivre en compagnie de ses congénères, le porc se caractérise par un régime alimentaire de type omnivore lui permettant de valoriser les sous-produits agricoles et de nombreux déchets dégagés par les activités humaines. L'âge à la première fécondation varie entre 4 et 7 mois selon les races. L'activité sexuelle dure toute l'année et les durées des différentes composantes du cycle biologique permettent aux truies d'avoir plus de 2 mises-bas par an. Les usages et habitudes alimentaires ont eu de fortes répercussions sur les performances de reproduction et de production de cet animal. Ainsi, les races porcines chinoises sont connues pour leur très forte prolificité et un dépôt de gras précoce, alors que leurs homologues européennes ont des performance de reproduction plus faibles, mais un plus grand développement musculaire et une maturité de la viande plus tardive.

Du cochon « carcasse » à celui qui sera élevé pour donner, peut-être, un jour ses organes pour sauver un être humain, en passant par le rôle de « caisse d'épargne » et celui d'animal de compagnie, le porc a été, et est encore, utilisé à de nombreuses fins par l'Homme. Les « produits » sont tout aussi variés, allant du gras et de la viande, fraîche ou transformée, aux soies, la peau ou les déjections. Le principal reste néanmoins la fourniture d'une viande très appréciée. Si les formes traditionnelles d'élevage existent encore aujourd'hui (animaux élevés en parcours forestiers ou bien à partir des déchets culinaires et autres), l'essor de la production porcine est surtout le fait d'un élevage hors-sol, en lien avec une amélioration de la gestion technico-économique (alimentation, bâtiment, reproduction, santé, ...) et des lignées utilisées.

Aujourd'hui, avec 950 millions de têtes et 100 millions de tonnes équivalent carcasse (tec) produit en 2004 dans le monde, dont près de la moitié en Chine, le porc occupe la première place dans l'élevage. La consommation annuelle de viande de porc est de 15 kg/habitant. La consommation moyenne de porc dans les principaux pays est de 30 kg/an/habitant et place le porc en tête des ressources alimentaires d'origines animales. Enfin, cette rapide présentation du porc et de son élevage, ne serait pas complète sans un bref détour par le Proche-Orient actuel, en miroir des exposés qui vont suivre. Si les suidés y sont surtout représentés par le sanglier, son parent domestique y est toujours présent avec, par exemple, 280 tec produites en Turquie ou un peu moins de 2000 tec au Liban...