Les suidés au Proche-Orient ancien : de la domestication au tabou

 

Emmanuelle VILA (CNRS, Lyon) : Données archéozoologiques de la période Halaf à l’Age du Fer

Les restes osseux de suidés se retrouvent régulièrement parmi la faune récoltée dans les sites archéologiques du Proche-Orient. A l’état sauvage le sanglier vivait sur le littoral méditerranéen, les montagnes du Liban et de Syrie, les piémonts du Taurus et du Zagros et dans les vallées fluviales du Tigre et de l’Euphrate. Depuis leur domestication vers 8500 av. J.-C. en Anatolie, les porcs ont été élevés par les populations locales. L’économie dominante en Mésopotamie a toujours été agro-pastorale et l’élevage des petits ruminants, les moutons et les chèvres, une source primordiale pour l’alimentation carnée et les produits secondaires ; pourtant les groupes humains ont aussi exploité le porc a des échelles variables selon les lieux et les époques.

En dépit des biais liés à l’inégalité des données archéozoologiques -études non systématiques, datations peu précises, manque de données pour certaines périodes- en suivant la piste de la présence/absence des porcs, leurs fréquences sur les sites pour lesquels des études archéozoologiques ont été réalisées, on observe au cours du temps des fluctuations de l’élevage des porcs. Ces fluctuations sont particulièrement nettes entre la fin du Ve millénaire, c’est-à-dire à la fin du Néolithique, période Halaf, ensuite à l’orée de l’expansion urbaine à la fin du IVe millénaire, période Uruk, et ensuite au IIIe millénaire, au Bronze ancien lors de la diversification des modes de vie, urbains et villageois avec la co-existence probable de la pratique d’une vie mobile pastorale aux modalités difficiles à mettre en évidence.

A partir des données archéozoologiques de ces différentes époques, deux types d’élevage semblent se différencier, un élevage diversifié où les porcs jouent un rôle parfois important que l’on observe à la période Halaf et au Bronze ancien et un élevage spécialisé duquel les porcs sont absents (caractéristique de la période Uruk) avec une exploitation pastorale prépondérante des moutons et des chèvres. L’interprétation de ces différents types d’élevage en relation avec les informations des données archéologiques soulève la question de l’influence des facteurs environnementaux et humains. Les facteurs des choix d’élevage du porc ou de son non-élevage apparaissent comme socio-culturels liés bien entendu également aux contraintes géo-climatiques de ces régions : populations à forte composante sédentaire versus populations à forte composante pastorale et donc avec une mobilité régulière. Population villageoise, élevage privé à petite échelle versus population urbaine, élevage organisé à grande échelle.

Les études archéozoologiques des périodes du Bronze moyen, du Bronze récent et de l’Age du Fer, peu nombreuses et très dispersées, ne permettent pas de tirer des conclusions définitives sur l’élevage du porc au IIe et Ier millénaire avant J.-C., en dehors de la constatation qu’il est très discret ou absent sur les sites.